Point de
nostalgie, juste un retour dans les pages cloisonnées d’anciennes bandes
dessinées dont le papier exporte aux narines des senteurs de grenier. Bien
entendu, le sujet de mon coup d’œil dans le rétroviseur n’est pas innocent et
c’est avec un petit sourire en coin, malgré que ce dernier ne soit aucunement
sanctionné, que je relis les bulles et que je m’amuse des dessins.
La bande
dessinée est un formidable témoignage car qu’elle soit de fiction ou autre,
elle reflète les aspirations, les rêves ou le vivant d’un monde sur
l’instant. Bien plus accessible que la
littérature, elle s’adresse à tous sans exiger d’acquérir une haute
instruction. Le dessin, certainement premier langage graphique de l’humanité,
est compréhensible partout ce qui permet même, d’interpréter assez bien une
bande dessinée dont les bulles sont écrites en une autre langue.
Il y a
quelque temps, j’avais déjà publié un post sur « PIM, PAM, POUM ».
Une bande dessinée dont les histoires se terminaient presque toujours par
l’administration d’une bonne fessée aux deux garnements et parfois à d’autres
victimes.
La fessée
n’était pas une mode passagère, elle était dans les us et coutumes depuis des
générations et de la filmer, de l’écrire ou la dessiner dans des œuvres grand
public ne constituait nullement un délit ou quelque chose de tabou. Cela
faisait partie du décor de la vie au même titre que le café du coin, le tiercé,
le boulot ou la messe du dimanche.
Attention,
loin de moi de faire l’apologie d’une méthode éducative controversée. Les
documents que je présente sont sur le sujet des extraits choisis de ce qui était publié à
une époque pas si lointaine. Chacune et chacun commentera comme il l’entend.
Une vielle
illustration Montrant Saint Nicolas avec son opposé le père Fouettard
débarquant dans une famille bourgeoise pour récompenser ou fustiger les enfants
selon s’ils ont été sages ou pas.
Un
intéressant dessin dont je ne déchiffre pas la signature. L’artiste a donné à
chacun des acteurs une attitude expressive particulière. La mère protectrice,
les enfants affolés et craintifs du père Fouettard. Le garçon suppliant et
tentant certainement de prouver sa bonne foi. Le père spectateur amusé se
remémorant probablement sa propre enfance dans les arabesques de la fumée de sa
pipe ; tout ça sous le regard plein de compassion de Saint Nicolas.
Autre
illustration ancienne, dont je ne déchiffre pas plus la signature, destinée à
imager « les malheurs de Sophie » écrit par la célèbre Comtesse de
Ségur.
Là encore
les attitudes et expressions de toutes les actrices sont parfaitement encrées
par l’artiste.
Les malheurs
de Sophie ont traversés les âges et de nombreuses publications ont
régulièrement remis cette œuvre aux rayons des librairies.
Il est même
des versions graphiques transposant l’histoire dans une époque plus moderne
comme ce livre illustré par Françoise Batet ci dessous.
A l’actif de
la Comtesse de Ségur il y a également « Un bon petit diable »
Malicieux garçon dont le postérieur n’est pas épargné par la badine.
Petite
publicité pour le Bon Marché qui présente l’ouvrage édité par la bibliothèque
Rose.
Une
publication de Casterman à la couverture que certaines et certains
qualifieraient aujourd’hui d’indécente.
Justement,
en nommant les éditions Casterman l’association avec Hergé, vient
naturellement. Le créateur de Tintin avait parfois le coup de crayon claquant.
Dans les
années trente avec quick et Flupke.
Et plus tard
dans un des albums de Tintin.
Dans les
années trente en Allemagne, Erich Ohser publiait « Vater und Sohn »
de petites histoires courtes d’un père et son fils très complices mais qui de
temps en temps s’achevaient par une fessée.
Même pour le
père.
Erich Ohser
fut dénoncé par le troisième Reich comme anticonformiste ce qui était contraire
à la soumission réclamée à l’époque. Arrêté et incarcéré, il se suicida avant
de passer en procès.
En 1948,
José Cabrero Arnal avait créé « Pif le chien » Un personnage qui va
vite s’entourer de nombreux autres et faire une longue carrière.
Pour Pif
comme pour Pifou ou Hercule, leurs bêtises sont souvent sanctionnées par les méthodes
punitives employées à l’époque.
On remarque
que le Tonton César est armé d’un martinet, qui dans les années 1950, 60 et 70
était un instrument aussi domestique qu’un balai ou un moulin à café.
L’illustrateur
Pierre Joubert montre également le martinet dans quelques uns de ses dessins.
En 1962
Marcel Gotlib présente dans « Vaillant » une nouvelle BD
« nanar, Piette et jujube » Plus tard un chien apathique, Gai Luron,
viendra tenir compagnie au garçon (Nanar), à la fille (Piette) et au renard
(Jujube) et petit à petit jouera le premier rôle jusqu’à devenir l’unique
vedette.
Dans ces
histoires aussi, il est parfois question
de fessée.
Marcel
Gotlib relatera les relations entre adultes et enfants dans d’autres de ses
œuvres comme les Dingodossiers ou dans le journal « Pilote » en
association avec Alexis où ils feront une version parodique et violente des
malheurs de Sophie dans la rubrique « Cinémastock ».
Petit
dessins ironique de Gotlib en hommage à Pim, Pam, Poum.
Même Achille
Talon de Greg n’y coupe pas
et Lefuneste
d’ajouter que c’est pour son bien.
De
l’excellent et regretté Franquin.
De Sempé
créateur avec Goscinny du petit Nicolas.
Lucky Luke
de Morris et Goscinny.
En versions
étrangères.
Thorgal de
jean Van hamme et Grzegorz Rosinski.
La fessée
dans la bande dessinée n’est pas l’exclusivité de la vieille Europe, outre
atlantique les auteurs ne ce sont pas n’ont plus abstenus de l’illustrer dans
les dessins de leur fiction.
En 1902
Richard Felton Outcault créait Buster Brown un garçon blagueur et filou de
famille bourgeoise Américaine. Le môme était accompagné d’un chien qui d’après
les spécialistes fut le premier animal parlant de la BD.
Buster Brown
était très souvent puni et recevait bon nombre de fessée. Coutumes typiquement
Américaine, elle lui était fréquemment administrées à la brosse à cheveux.
J’aime
beaucoup la façon qu’avait l’artiste de dessiner les femmes avec leur toilette
et coiffure d’époque. C’est un avis personnel, mais je crois que c’est ce qu’il
faisait de mieux.
En 1951 Hank
Ketcham donnait naissance à Denis la Malice et ce garçon facétieux n’était pas
plus que les autres exempté de la fessée.
Même dans la
BD fiction et fantastique comme DP7, la rigueur disciplinaire était de mise et
la fessée usitée.
Robin, jeune
compagnon de Batman devais parfois être rappelé à l’ordre.
D’ailleurs,
Batman n’exerçait pas seulement sur Robin.
Même le tout
jeune superman a reçu la fessée.
La fessée
était donc un acte relativement banal pratiqué sans secret par un grand nombre
de famille et prêtant souvent à la moquerie et la plaisanterie entre copines ou
copains. Les artistes l’introduisaient
naturellement dans les paragraphes illustrés de leurs histoires transformant la
fessée en situations souvent comiques, caricaturales, grotesques ou pittoresques.
Aujourd’hui,
il n’est plus question dans la bande dessinée grand public de montrer un héro
polisson ou pas recevoir une fessée, c’est contraire à la bonne morale, du
moins celle qu’on présente hypocritement en vitrine car par derrière on ne se
prive pas de justifier de meurtriers conflits ou de glorifier une spéculation
appauvrissant le plus grand nombre ce qui engendre des conséquences
certainement aussi traumatisantes voire pires pour les enfants qui en souffrent.
Le jour où la fessée deviendra une marchandise très rentable, les mêmes
intégristes de la vertu seront les premiers à vendre des martinets.


























































